Karim Braire le surfeur de cité infréquentable où quand la moutonnerie médiatique vire à l’absurde

A chaque fois que l’on parle du surfeur banlieusard Karim Braire, c’est un peu comme si vous glissiez l’album Suprême NTM dans votre « Discman » (et oui on parle bien de cette époque) et que vous lanciez l’Intro… la sirène retentit … la terreur Karim Braire est de retour…

Pour les nostalgiques :

Faut dire, depuis que Karim a fait sa première apparition sur TF1 dans l’émission Sept à Huit le présentant comme l’un des meilleurs surfeur au monde, les réseaux sociaux, les « médias surf » et l’establishment du surf français (un microcosme de « pros » surfeurs) ne l’ont pas épargné : parodie, articles à charge, insultes d’internautes inconnus et autres subtilités…

Or, cinq mois plus tard, la terreur Karim Braire est de retour mais cette fois bien malgré lui, car c’est l’un des plus grands médias sportifs français l’Equipe qui va se charger de son cas en lui consacrant quatre pages dans son magasine au sein d’une rubrique ENQUETE intitulée « Surfeur mais pas Trop ».

Le journaliste de l’Equipe en bon professionnel est en mode sniper… en haut de son clocher… silencieux…. il charge son fusil, ajuste sa lunette et tire…

Karim tombe sur le coup, le dossier d’investigation est trop épais, le poids et la réputation du média sont trop importants pour qu’un simple surfeur de cité évite la balle…

Ses détracteurs se réjouissent de cette issue et viennent s’assurer que la réputation de l’homme à abattre soit bien éteinte.

« Karim Braire, en ce jour sacré, le mot du journaliste est #simple et#cinglant. » pourra t-on lire sur un compte facebook avec les 4 pages de l’ENQUETE illustrant ses propos.

Ou encore :

« Enfin un journaliste qui a fait son boulot […] je pense qu’il était nécessaire qu’un mag de cette ampleur mette les choses au clair sur cet escroc. »

Et enfin :

« Très bon article […] dans L’Equipe Mag. Je pense que maintenant on peut arrêter de parler de lui »

Ca y est sa réputation est morte… le type est grillé… enfin presque…

Et oui, le problème c’est que depuis notre premier article sur Karim, moi aussi en tant que « faux » journaliste (contrairement à mon confrère de l’Equipe, je n’ai pas de carte de presse) j’ai investigué sur le personnage, j’ai rencontré l’homme, sa femme, ses enfants, j’ai mangé avec lui, j’ai surfé avec lui, j’ai suivi les polémiques, j’ai lu son livre, j’ai débattu avec ses ennemis qui sont aussi parfois mes amis et autant vous dire que c’est l’article le plus foireux qui a été publié depuis l’affaire Karim Braire.

Car même si l’on ne peut pas nier qu’il y a eu un minimum d’investigation, le reste tient de la compilation de témoignages de personnes influentes (connues et reconnues dans le monde du surf) et de médias qui pour la plupart n’ont jamais rencontré Karim, n’ont jamais lu son livre et qui pour des raisons personnelles (ce qui est tout à fait louable) veulent l’abattre.

Alors forcément, l’ENQUETE de l’Equipe est à charge et le journaliste est certainement persuadé que Karim est coupable avant même d’avoir investigué… en résulte donc un article partial et diffamatoire et je vous démontre pourquoi.

Contexte

Le but de l’exercice est donc de démêler le vrai du faux pour faire en sorte que l’ENQUETE sur notre surfeur de cité soit la plus proche de la réalité et pour cela, il faut replacer les choses dans leur contexte, l’histoire de Karim ne datant pas d’hier mais bien des années 2000.

Oubliez Facebook, Instagram, Snapchat et Photoshop car à l’époque nous sommes au début d’internet, l’Iphone n’existe pas et Nokia/Kodak sont les boss de la place. Donc forcément, côté archives (photo/vidéos) ça complique un peu la tâche car tout n’était pas aussi instantané et cliquable qu’aujourd’hui.

Côté surf, il y a 17 ans, le business des grandes marques tournait à plein régime, c’est l’époque où Quiksilver & co rentraient en bourse, l’argent coulait à flot et les critères de sponsoring des athlètes étaient incomparables à ceux d’aujourd’hui.

Bref, c’était une époque loin de la disette actuelle que connait le business du surf et c’est important de le rappeler pour comprendre le raisonnement qui va suivre.

Preuves et pièces à conviction

Commençons d’abord par les preuves tangibles que nous avons sous la main pour démonter cet article point par point :

1.Karim n’a jamais été sauveteur en mer à la Grande Plage de Biarritz

L’Equipe Magazine du samedi 7 octobre 2017 :  le journaliste s’appuie sur le témoignage de « mémoire » de David Dubès fondateur du club des sauveteurs Biarrots affirmant n’avoir jamais eu Karim comme MNS (Maitre Nageur Sauveteur) à la Grande Plage de Biarritz.

SurfME : Un témoignage de « mémoire » un peu léger quand on sait qu’au bas mot, ce sont 30 sauveteurs qui sont embauchés chaque année, ce qui ferait au moins 510 MNS qui ont défilé en 17 ans. En plus de se souvenir de tous les noms, les faits remontant à 2000, à l’époque Karim étant un parfait inconnu. C’était d’ailleurs la toute première fois qu’il mettait les pieds sur la côte basque comme il le décrit page 114 de son livre « Zarma Sunset ».

L’Equipe : Le journaliste approfondi son argumentaire en précisant que les fichiers informatisés de la mairie sont formels et qu’il n’y a aucune trace de lui en tant que MNS. « Les DRH ont tous les noms, aucunes traces de ce monsieur » explique même un employé de la Mairie de Biarritz.

SurfME : Quelles archives, quels fichiers ? C’est normal qu’il n’ait rien trouvé car avant 2008, la Mairie ne gérait pas le recrutement et la rémunération des MNS. Il s’agissait du SDIS 64 (les pompiers) me confirme au téléphone l’Assistant des Ressources Humaines de la mairie Biarritz.

Une version plutôt cohérente avec la page 110 de son livre où il dit qu’à l’époque il s’était fait « pistonner » par sa responsable Mme Dumans auprès du « chef des pompiers du coin […] introduit auprès de tout ce qui touchait à la surveillance des plages« .

2. Karim n’a jamais fait de compétition sur le WQS, n’a jamais été inscrit au Surf Club d’Anglet et n’a jamais été licencié à la Fédération Française de surf

L’Equipe : « Allan Hunt mémoire vivante des archives de l’ASP (anciennement WSL) garantit qu’il n’existe aucun Karim Braire dans les fichiers de compétitions » puis le journaliste enchaine : « Aucune trace du français […] à l’Anglet Surf Club auquel il prétend avoir pris une licence, ni à la Fédération Française de Surf« .

SurfME : Restons méfiant avec les « mémoires vivantes » surtout quand on fait des bonds de 13 ans en arrière… Pour info, le WQS (World Qualifying Series) est la division 2 du tour pro. Aujourd’hui, ils sont plus de 1200 compétiteurs sur ce circuit et ses étapes sont très rares en France contrairement à l’étranger, notamment en Australie.

Karim avait parfaitement conscience de son faible niveau de surf et s’exilait au maximum à l’étranger pour ne pas s’afficher en France. Il le dit lui même, « s’il devait y avoir un 1200ème, cela devait être probablement moi. »

Notre surfeur orléanais était insignifiant sur le tour donc bon courage pour remonter les archives jusqu’en 2004.

N.B : Un surfeur pro français avait même témoigné à la demande de Karim dans un email en mai dernier en signalant qu’il l’avait rencontré à plusieurs reprises sur les étapes portugaises et canariennes du WQS… Suite à toute la polémique, il s’est rétracté et n’a pas souhaité être cité.

Concernant l’Anglet Surf Club, j’ai tout simplement contacté le directeur Mr Bacalao qui m’a signifié que Karim avait bien disposé d’une licence. Il m’a aussi informé qu’il avait émis une réserve au moment où le journaliste de l’Equipe l’a appelé. Or ce dernier est resté catégorique en affirmant que Karim Braire n’avait jamais été licencié.

« Monsieur, ça ne vous dérange pas qu’un journaliste déforme vos propos ? » lui ai je demandé au téléphone.

Sa réponse fut tranchante : « avec les journalistes c’est toujours la même chose, ils écrivent ce qu’ils ont envie d’entendre ».

Concernant sa licence à la Fédération Française de Surf, c’est tout simple, elle est là sous vos yeux.

Licence à la Fédération Française de Surf de 2005

Incohérences et chronologie des faits 

1. Karim n’a jamais été à Hawaï, n’a jamais signé de contrat rémunéré chez Quiksilver

L’Equipe : « […] la description faite du North Shore d’Oahu […] est clairement aux antipodes de la réalité et trahit en trois lignes les 25 pages suivantes du chapitre. » pourra t-on lire page 48 de l’ENQUETE.

SurfME : M. le journaliste, je vous l’accorde, ce point là n’est pas très clair. Effectivement, à la lecture de la page 167, on comprend que le front de mer du North Shore ressemble à « [..] un Lego géant d’hôtels de luxe« , ce qui est évidemment faux quand on connait le spot. En réalité, la description qu’il réalise est celle du trajet en bus d’Honolulu vers le North Shore décrite comme « super-moche » et « super-urbanisé ». De là à balayer les 25 autres pages du livre d’un revers c’est un peu gros non ? Sachant que c’est la première chose qu’aurait démenti Bernard Mariette (anciennement PDG de Quiksilver Europe) qu’il a rencontré sur place… vous ne croyez pas ?

L’Equipe : « Il aurait suffit d’un soir à l’apéro (comprenez à Hawaï) pour qu’il séduise le PDG de Quiksilver Europe de l’époque, Bernard Mariette. Les deux hommes se seraient ensuite entendus sur un contrat à six chiffres. » peux t-on lire toujours page 48 de l’ENQUETE

SurfME : Un contexte et des propos bien déformés qui laissent croire que les deux hommes étaient en mode « pastaga- olives-cacahuètes » au bistrot du coin et que dans la foulée ils auraient signé un contrat à 6 chiffres… La réalité se trouve à la page 189 de son livre où il raconte qu’il a rencontré Bernard Mariette qui deviendra son « poisson-pilote » dans son sponsoring avec Quiksilver et que ce n’est qu’un an plus tard qu’il négociera son contrat.

L’Equipe : « Dire que je lui ai signé un contrat pro et un chèque c’est faux. Même à trois chiffres, cela n’aurait pas existé alors à six… » explique l’ancien PDG au blog Neufdixième, avant que ces propos ne soient repris par le journaliste de l’Equipe.

SurfME : Haaaa ce fameux contrat à 6 chiffres qui a fait tant polémique ! Dire que Bernard Mariette ne lui a pas signé de chèque c’est vrai ! L’ancien PDG de chez Quiksilver lui a juste mit le pied à l’étrier quand Karim est venu le voir à St Jean de Luz un an après leur première rencontre Hawaïenne. Pour le reste, notre surfeur de cité a du présenter un dossier de sponsoring comme tout le monde, à la différence près, qu’il avait l’expérience d’Hawaï, qu’il était Marocain et qu’il disposait d’une bonne tchatche ainsi que de l’appui du PDG de l’époque.

Résultat, il a signé un contrat pro d’un an avec pour obligation de promouvoir la marque Quiksilver dans les surfshops au Maroc, de se présenter en compétition sur le WQS comme en free surf. Son contrat a été renouvelé sur 3 saisons à hauteur d’environ 1700 euros net par mois et s’est terminé en 2007… C’est pour se faire mousser que Karim a parlé d’un contrat à six chiffres ce qui n’est pas loin de la vérité si vous le ramenez en brut sur 3 ans.

Pour info, à l’époque Quiksilver est en plein boom, il passait de sept cent mille euros de chiffres d’affaires en 1997 au Milliard de dollars en 2004, le tout sous Bernard Mariette ! Alors même si l’ex PDG de Quiksilver avait été touché par l’histoire de Karim, il avait d’autres chats à fouetter que de faire un suivi de notre surfeur orléanais. De son côté Karim savait que son niveau était très peu élevé en compétition. Il le dit lui-même : » je passais sous les radars et bougeait au maximum à l’étranger pour ne pas m’afficher en France. »

A gauche Bernard Mariette ex PDG de chez Quiksilver Europe en 1999

N.B : Bernard Mariette est au courant de toute l’histoire. Il s’est même confié dans un email au réalisateur du film adapté du livre de Karim en disant « qu’il était très surpris que des journalistes très sérieux le contactent pour confirmer son amitié avec Karim et sa rencontre à Hawaï »…

2. Karim n’a pu avoir de contrat à six chiffres car il quémandait des planches à son shaper pour 50 euros

L’Equipe : Dans cette ENQUETE le journaliste interroge Eric Rougé, shaper et surfeur de grosses vagues. L’homme notoire au Pays Basque raconte : « Si il avait eu un contrat à six chiffres […] il ne serait pas venu […] me ragasser 50 euros sur chacune (entendez planche de surf). »

SurfME : Ce n’est qu’en 2010 ou en 2011 que Karim contacte pour la première fois le shaper Eric Rougé et cela faisait bien longtemps qu’il n’était plus chez Quiksilver (fin du contrat en 2007) et que le magot s’était envolé.

De plus, tout le monde sait dans le milieu du surf que ce n’est pas parce qu’on est sponsorisé que ça veut dire « planche de surf à volonté ! » Demandez aux surfeurs pros à combien de planches ils peuvent prétendre chaque année, vous seriez sûrement surpris !

3. Karim aurait voulu illustrer ses exploits sur les monstres de Nazaré en exploitant des images de Justine Dupont lors de l’émission télé « Salut les Terriens »

L’Equipe : « Son interview dans SLT est illustrée par des images prises sur la vague de Nazaré, au Portugal. Problème : le surfeur en action est… la surfeuse Justine Dupont, qui révèle la supercherie d’un tweet. »

SurfME : Dans cette histoire, Karim n’a absolument pas voulu se faire passer pour Justine Dupont. D’ailleurs dans l’émission, à aucun moment il ne dit que c’est lui sur la vague. C’est la production elle-même qui a choisi ses images qui étaient libres de droit sur internet dans le seul but d’illustrer le tow-in (le surf tracté).

A la demande de Justine Dupont, et afin que les choses soient clarifiées, un démenti a été réalisé la semaine suivante par Thierry Ardisson (voir ici à la 13ème minute). Fin du sketch !

4. Karim n’a jamais surfé une vague de 20 mètres à Nazaré

L’Equipe : « Cette vague de 20 mètres, ce n’est pas vrai. Nous sommes arrivés en retard, nous étions seuls au spot, et Karim a juste surfé des ondes, une vague quasiment plate... » affirme son partenaire de jet-ski Manu Barth interviewé par l’Equipe.

SurfME : Depuis le début de votre article, vous ne cessez d’avoir un ton rabaissant afin de minorer les exploits de Karim. Quand à vos interviews/témoignages, on en connait la véracité (voir point n°2 Karim et Anglet Surf Club).

La vraie histoire de cette folle journée à Nazaré se trouve ici sur Dream Surf Magazine et quand on remet les choses dans leur contexte, elles n’ont pas la même teneur !

Nous sommes le 02 février 2014 à Nazaré au Portugal. Ce jour là, la légende de surf de gros, l’hawaïen Garrett McNamara certifie que les vagues font plus de 30 mètres dans les séries. Précisant même que c’est l’un des plus gros Nazaré qu’il n ait jamais vu !

Plus de 30 mètres à Nazaré le 02 février 2014 crédit photo Dream Surf Magazine

Les deux équipages sont à l’eau en même temps (ceux de Garrett et Karim), mais la marée est trop haute. Après avoir vu Garrett tenter de prendre une vague, c’est au tour de Karim de se lancer… Mais la vague est trop molle et il n’en surf que l’épaule pour finalement en sortir. A la fin, la vague qui éclate en mode shore break frise les 20 mètres selon le témoignage de Cristian Corradin éditeur chez Dream Surf Magazine et présent sur le spot ce jour là.

Effectivement, il n’a pas réellement surfé des vagues de 20 mètres mais plutôt des conditions de 20 mètres. Ce qui est déjà énorme tandis que Karim n’a jamais prétendu à un quelconque award pour un Billabong XXL.

Se retrouver dans 30 mètres de vague à Nazaré avec des légendes comme McNamara alors que 13 ans auparavant, vous ne saviez même pas nager, cela a quand même le mérite d’être souligné d’une manière un peu moins dédaigneuse qu’avec le ton employé par le magazine, vous ne pensez pas ?

Conclusion

Il y a 5 mois, à la première apparition de Karim à la télé, certains disaient de lui qu’il n’avait jamais mis un doigt de pied à l’eau, qu’il ne savait pas surfer ou qu’il n’avait jamais eu de sponsor.

Aujourd’hui, l’ENQUETE de l’Equipe nous révèle au moins que Karim sait surfer, qu’il a eu un contrat de sponsoring et qu’on l’a même aperçu à Nazaré.

En tout cas, si toute cette affaire ne mérite pas un sérieux démenti, je demande une carte de presse et je deviens journaliste pour l’Equipe magazine.

La suite au prochain épisode…

 

About the author

Fondateur - Issu d’une famille Bretonne et surfeur depuis une quinzaine d’années, il recrute, coordonne le développement et gère les finances de SurfME pour façonner un projet aux valeurs fun, green et sportives.

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