Cyrille Corlays: Le graff’ au service d’une vision artistique du surf.

Toujours en quête de nouveautés dans le monde du surf, la team SurfME est partie cette semaine à la rencontre d’un personnage emblématique de Basse-Normandie: Cyrille Corlays, street artist porteur et créateur du projet « Aérosoleil » et aujourd’hui « Näutil », qui met son talent de graffeur au service des autres, et plus particulièrement du surf! Pour notre plus grand plaisir. Portrait d’un bonhomme pétri de talent et plein de valeurs.\r\n\r\nSurfME: Salut Cyrille, peux-tu te décrire en quelques lignes?\r\n\r\nCyrille Corlays: C’est difficile d’avoir un regard objectif sur soi-même, mais je partirais de l’idée que ce qui m’anime se rapproche de la vocation, voire même de la passion. Le métier que je fais peut avoir plusieurs noms, c’est à la fois artisan et artiste je ne sais pas trop, les deux sont liés.\r\n\r\nCe qui est sûr c’est que je ne pourrais pas vivre autrement que comme je le fais là: proposer ma créativité et cette technique de peinture au service des gens, aller chez eux, initialiser des idées ou les mettre en forme, trouver des projets. Parfois c’est juste faire les bonnes rencontres, bouger, garder l’esprit en éveil et le goût de la création: à partir de pas grand chose parfois, un bout de mur, un mot, une discussion avec la personne. Il faut pouvoir supporter l’aléatoire et donc la précarité: on ne sait pas ce qu’on va faire à long terme, mais il y a une grande liberté qui m’est nécessaire.\r\n\r\nDans le surf et dans mon boulot, parfois c’est pareil: on s’adapte au mouvement qu’il y a autour de soi et on en fait quelque chose de créatif. Les émotions sont là, bonnes ou mauvaises. On les prend toutes, ça fait avancer. C’est du travail aussi, de la maitrise mais avec un mélange de lâcher prise.\r\n\r\nmasqueGraff contestataire.\r\n\r\nSM: C’est quoi ton rapport au surf?\r\n\r\nCC: Je pratique le surf depuis mon enfance, ça m’équilibre et ça m’inspire en même temps. Dès que j’ai pu m’acheter ma première planche je suis allé dans l’eau. C’était en hiver, j’ai commencé à surfer en baskets parce que j’avais froid aux pieds !\r\n\r\nJ’ai appris tout seul, je suis tombé bien sûr des milliers de fois, c’est comme ça que la technique s’est forgée au fil des gamelles et des réussites. J’étais souvent tout seul dans l’eau , à l’époque il y avait très peu de monde, un sentiment apaisant et aussi la sensation d’une vraie solitude dans cette mer immense.\r\n\r\nLes émotions ont commencé là je pense, avec ces contrastes entre liberté, solitude, sentiment de puissance et de petitesse. C’est la mer qui commande mais parfois elle te laisse chevaucher ses vagues et c’est une émotion qui ne peut pas trop se décrire. Il y a une communion entre toi et les éléments, l’eau, la lumière. Et puis les sensations liées à la densité de la vague. C’est changeant une vague, ça se traverse pour aller de l’autre côté, tu peux rentrer en elle et ensuite elle te porte, elle devient lourde et t’entraine ou te claque en pleine figure.\r\n\r\nC’est un rapport très spécial qui naît avec l’eau, un combat, une communion et presque une sensualité qui s’entremêlent au final, et puis la sensation de glisse et de liberté. Le surf, ça permet d’apprendre à aimer la nature, la réalité de ses beautés et de ses changements.\r\n\r\nMon rapport au surf, c’est un rapport d’homme qui se tiendrait là face aux éléments, un humain qui veut faire connaissance avec tout ça, apprendre toujours et puis s’oublier pour aller vers de l’émotion pure. J’aimerai parler de partage, mais je ne sais pas ce que nous les hommes on apporte à la nature, en tout cas on ne peut que la respecter quand on a fait l’expérience de tout ce qu’elle peut te donner.\r\n\r\nCôté spot, je surfe beaucoup dans mon coin à Siouville en Basse Normandie. A force, je l’ai un peu apprivoisé ! C’est un vrai plaisir qui se renouvelle à chaque fois et depuis toujours. En plus de ça, j’ai collaboré avec Booster et Kriss, les shapers locaux en illustrant quelques unes de leurs productions.\r\n\r\nnautil siouvilleCyrille en action.\r\n\r\nSM: D’où est née ta passion pour le graff?\r\n\r\nCC: J’ai commencé d’abord à faire du skate avec des copains. On tombait beaucoup, on s’est débrouillé petit à petit avec l’équilibre mais déjà la sensation de glisse était là. Et autour du skate il y avait des codes, un univers graphique que j’ai découvert dans différents magazines comme  »Anyway, No way » et une vhs tournait en boucle  » Propaganda  » de Powel .\r\n\r\nJ’ai accompagné un copain en Allemagne et je l’ai vu faire ses premiers graffs. Tout de suite il y a eu quelque chose: le côté liberté d’expression, un peu d’interdit, des émotions créatives aussi. J’aimais déjà dessiner, on m’a orienté dans une filière professionnelle  »bâtiment » et plus tard j’ai fait une autre filière dans une école d’archi à Paris. J’ai cherché dans quoi je pourrais me sentir à la fois à l’aise au niveau personnel et faire avec mes facilités.\r\n\r\nJ’aime les gens même si je suis un solitaire, et puis le dessin et créer. J’avais une bonne technique sur plusieurs supports, j’ai fais des rencontres, appris à aimer de plus en plus tout ce qui touche au street art et je me suis lancé. J’ai graffé de ci de là pour des petites manifestations liées au surf ou à la techno (comme je mixe de temps en temps). On m’a demandé de faire une fresque, puis une autre, il y a eu une succession de projets et de rencontres et j’ai progressé, et voilà.\r\n\r\nCe que j’adore dans le graff c’est entre autre qu’on travaille en trois dimensions, la main n’a pas de support sur lequel se reposer comme dans le dessin sur table. Cela donne une technique particulière, ne pas trembler, ajuster les traits et puis c’est une terre de création incroyable, les couleurs, les motifs, le changement d’échelle, le jeu avec les perspectives. J’y retrouve un équilibre personnel et je partage les idéaux de cet univers, j’aime l’expression libre et aussi les défis. Pour l’instant je vis de ma passion, c’est une chance, et un choix.\r\n\r\nIMG_7449\r\n\r\n1623575_1047126801967451_4017667082951471197_nLa dernière créa pour les skateurs du coin.\r\n\r\nSM: Qu’est-ce qui te fait tripper dans le monde du surf?\r\n\r\nComme je le disais plus haut, la mer est contrastée et te permet beaucoup de choses. Il y a dans la sensation de glisse quelque chose d’inexplicable, tu touches le ciel et en même temps tu as la sensation plus que jamais d’être juste un humain, et tu traverses la vague comme tu traverses la vie finalement: sans tout maitriser mais prêt à lâcher prise au bon moment.\r\n\r\nIl y a quelque chose qui te comble et qui te vide en même temps. Il faut à la fois se faire confiance et garder à l’esprit qu’on peut se tromper, tomber, parfois même ça peut être dangereux. C’est un équilibre à trouver, à la fois intérieur et extérieur. Et puis visuellement, c’est un émerveillement permanent: les nuances du ciel, les couleurs. Il y a des gris magnifiques, des reflets qui changent suivant les moments de la journée. Enfin, si on est un peu poétique, on trouve aussi son bonheur à ce niveau là dans le surf !\r\n\r\nSM: En quoi tu pense que l’interaction graff/surf peut être intéressante? Le surf a-t-il pour toi un esprit street comme peut l’avoir le skate?\r\n\r\nCC: Cette interaction n’est pas automatique je pense. Elle est surtout éprouvée à un niveau individuel. Il y a des gens qui n’aiment que le graff et pas le surf, et vice versa et il y en a qui aiment les deux sans savoir vraiment pourquoi: ils partagent une ambiance, des codes, des valeurs.\r\n\r\nCe qui les relierait éventuellement, c’est plus les idéaux que la technique ou autre. Pour moi ça s’est mis en place naturellement, le dessin, la créativité, le mouvement, la sensation de liberté et d’imprévus, j’ai trouvé des ponts entre les deux. Je ne pense pas que le surf ait un esprit street art par essence ou par proximité. Ce qui a ramené le street art dans le surf c’est beaucoup les marques, la pub, la création d’un busisness qui a permis aux gens de s’identifier via des vêtements ou des logos.\r\n\r\nHistoriquement, le surf a été le plus mêlé au street art en Californie je pense, avec la proximité mer/ville. Là bas tu sors de l’eau et la ville longe les plages, c’est sans doute là que le surf est le plus urbain. Mais en France par exemple, c’est peut-être plus l’esprit amoureux de la nature, ou retrouvailles après la glisse. Après il y a des composantes artistiques dans les deux domaines: un graff peut te créer des émotions, et voir un gars prendre une vague avec finesse ou courage ça peut être de toute beauté aussi.\r\n\r\nCP3« Un oeil sur le spot ». Le cadeau de Cyrille aux surfeurs locaux.\r\n\r\nSM: Des trips surf à ton actif?\r\n\r\nCC: Très jeune j’ai fait souvent les Landes, le Portugal, l’Espagne … Mon premier grand voyage, j’avais la trentraine passée, c’était Bali. J’ai pris une claque émotionnelle, et j’ai surfé du soir au matin. Et puis je suis allé au Mexique où je me suis fait remettre à ma place en essayant de passer sous la vague à Puerto … et le dernier voyage c’est en Californie où habite un très bon pote.\r\n\r\nbinginBali.\r\n\r\nSM: Et la Normandie? Un petit mot dessus? Comment est la communauté surf dans cette région?\r\n\r\nCC: Aaah la Normandie! J’aime les endroits où elle a su garder une allure sauvage, intacte.\r\n\r\nDans le Cotentin il y a des lieux très purs visuellement, peu de constructions, un littoral à couper le souffle, c’est une terre préservée à bien des égards. C’est le berceau de mon enfance comme on dit! Je ne peux pas être objectif mais j’entends beaucoup dire qu’on y trouve à la fois quelque chose d’énergique et d’apaisant. Il y a une réelle beauté et puis avec le jeu du soleil et des nuages, ça change tout le temps et d’une minute à l’autre parfois !\r\n\r\nJe ne saurais pas parler de la communauté surf, je vois ça plutôt comme des individus qui se regroupent par instant pour partager la même passion. Il y a de tout, mais toutes les différences se retrouvent et s’harmonisent autour de liens forts qui se créent, se développent et à travers ces échanges on voit bien le désir de garder cette nature aussi intacte que possible.\r\n\r\nConcernant l’activité surf, quand Booster Surf Board s’est installé sur les Pieux, la ville la plus proche des spots, et grâce au tout premier surf club de la région (Channel Surf Club), les gens ont commencé à se connaître et à échanger. Il y a eu quelques petites gueguerres de territoire (mignonnes) mais c’est là vraiment le début de l’essor et de ce qu’on peut appeler une communauté de pratiquants du surf dans la région. Avec le temps le surf a pris de l’ampleur et ce dynamisme, initialisé par le Cotentin Surf Club, a vraiment permis de faciliter l’accès à cette passion pour les générations qui nous ont suivi.\r\n\r\ndeìco boosterCréation en collaboration avec Booster, shapeur local.\r\n\r\nSM: Comment as-tu connu SurfME et qu’est-ce que ça t’inspire, qu’est-ce que ça évoque pour toi?\r\n\r\nCC: Et bien tout à fait par hasard, un jour j’ai fait une faute de frappe pendant une de mes recherches nocturnes, je voulais mettre  » suce me  » et j’ai tapé  » surf me  » et en fait je regrette pas du tout ! Hey, côté taquin in action !\r\n\r\nBlague à part, je dois dire que ma première impression visuelle devant ce site a été assez percutante : c’est très beau esthétiquement ! La mise en forme, le choix des photos, le parti pris des mises en pages. On sent vraiment la passion pour l’univers du surf et la curiosité envers les personnes y gravitant même en marge, et le côté esthétisant n’enlève rien au côté vivant du surf qui est bien retraduit tant dans les propos que dans les images. C’est ce qu’on appelle un beau site porté par un désir de partager une passion … quand on est amoureux d’un truc, ça se voit et qualitativement forcément ça a une influence sur le rendu !\r\n\r\nSM: Tu as l’application? Elle te plaît?\r\n\r\nCC: Elle est pas mal mais je l’aurais préféré en blonde.\r\n\r\nSM: Quels sont tes projets à l’avenir?\r\n\r\nCC: L’avenir on peut essayer de lui donner une direction mais on ne maitrise pas tout et c’est tant mieux.\r\n\r\nLa vie c’est souvent une question de mouvement, de changements et aussi de désirs. Il y a des choses que je n’aimais pas et que j’apprends à connaître, d’autres qui ne me quitteront jamais et je me laisse un peu porter par tout ça, la curiosité, le hasard. Disons que j’essaie de rester suffisamment en éveil pour saisir une opportunité, creuser une idée de projet, créer pour ou avec l’autre.\r\n\r\nJe continuerai aussi longtemps que possible de vivre de mes passions: le graff, la création, aider les gens à mettre en forme un peu de leurs rêves. J’ai commencé le tatouage aussi, c’est une nouvelle voie qui m’intéresse beaucoup.\r\n\r\nEt puis le surf pour toujours, c’est une besoin vital qui aide à mon équilibre de vie. Je souhaite à tout le monde d’avoir cette chance de pratiquer au moins de temps en temps une passion, que ce soit dans les loisirs ou la vie professionnelle. Après tout, qu’est-ce qui compte ? Profiter du voyage, ne pas renoncer trop vite même si c’est difficile, à aller là où on se sent vivant. Tiens d’ailleurs, on se fait une petite session surf ? J’ai emmené deux boards !\r\n\r\nIMG_0711Crédit photo: Loris Delande.\r\n\r\nVous pouvez retrouver Cyrille:\r\n\r\n- sur son site http://www.aerosoleil.fr\r\n\r\n- sur sa page Facebook « Aerosoleil »\r\n\r\n- sur sa nouvelle page Facebook « Näutil »\r\n\r\nnautil\r\n\r\nNäutil\r\n\r\nEt si comme Cyrille vous souhaitez faire partie intégrante de la communauté et participer activement, n’hésitez pas à nous contacter par mail et à télécharger l’application gratuitement.

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Community - Elevé le long des cotes Normandes, Juriste en activité, notre surfeur/reporteur gère les réseaux sociaux et anime la communauté de SurfME.

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  • Street art | Cherbourg & ses environs… | Expos & co… février 19, 2016 at 18:57

    […] savoir plus sur cette oeuvre et l’univers de ce graffeur, prenez un peu de temps pour lire ici une de ses interviews par […]

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